Et si nous repensions collectivement notre vision du sport et de la performance ? Dans un épisode de 56 minutes, Clothilde Sauvages et Sylvain Paley, créateurs du média et podcast Vent debout, interrogent la place que nous laissons aux personnes en situation de handicap dans le sport et dans la société, avec les témoignages de Katell Ropert et Lydie Raër.

Ambiance douce et air iodé, c’est la respiration de Katell Ropert qui nous introduit dans cet épisode immersif au cœur de ses séances d’apnée. En pleine préparation sur la plage de Courégant en Bretagne, la journaliste Clothilde Sauvages suit la vice-championne du monde de parasurf et apnéiste dans une discussion à cœur ouvert.
Tout commence par un constat : deux ans après la visibilité (éphémère) des athlètes paralympiques durant les Jeux de Paris 2024, l’euphorie est retombée et les 12 millions de personnes en situation de handicap en France ont à nouveau perdu en visibilité, en inclusion et en écoute. Comment déconstruire nos injonctions à la performance et à l’exploit sportif ? Cet épisode propose une introspection profonde sur le validisme qui imprègne notre imaginaire collectif.
47% des personnes en situation de handicap pratiquent régulièrement une activité sportive contre 75% de la population (30-59 ans). Un écart important qui s'explique notamment, comme le précise Katell Ropert, par le manque de formation des entraîneurs, du personnel médico-social et d’infrastructures adaptées.
Une accessibilité et des moyens en berne, qui ne facilitent pas le développement de pratiques sportives. “La problématique des clubs qui proposent du parasurf par exemple, c’est qu’il n’y a qu’une séance par semaine. Ça demande beaucoup de bénévoles, c’est un cours qui est orienté vers cette communauté et ça nécessite plus de personnes encadrantes (sécurité, mise à l’eau, mise en confiance dans la reprise du sport).” explique Katell. Un choix restreint qui ne permet pas aux personnes en situation de handicap de jouir de la même diversité d’activité que le reste de la population.
En apnée, Katell s'entraîne avec des personnes dites “valides”, qui n’ont ni les mêmes besoins, ni les mêmes problématiques : « Ce n’est pas évident de voir ce que font les autres et d’avoir des conseils quand tu n’as pas d’autres personnes qui sont comme toi dans le bassin ». Une fracture supplémentaire qui alimente l’exclusion et contribue au manque d’accompagnement que le sport est supposé offrir.



« Le sport a été essentiel, car il m’a permis de ne pas être isolée et d’être dans le mouvement. »
Pourtant, le sport est un enjeu de santé publique et un vecteur de cohésion sociale. Outre des bienfaits physiques, 84% des français estiment que le sport joue un rôle essentiel dans le « vivre-ensemble ».
Katell a toujours fait partie d’une famille en mouvement, qui bougeait tous les week-ends. La reprise du sport après son accident a été pour elle “une reprise de contrôle de son corps, un moyen de se sentir plus mobile”. Ce sentiment de bien-être est partagé par 68% des personnes en situation de handicap, qui décrivent le sport comme un moyen “d’être bien dans leur peau et d’évacuer le stress”.

Le validisme à la peau dure : 41 % des jeunes de 10 à 24 ans en situation de handicap déclarent avoir déjà subi une discrimination liée à leur état de santé ou à leur handicap.
« On me parle de ce qu’on voit, de ma situation de handicap. Je ne deviens que ça. On me dit souvent que je fais du handisurf. Mais non, je surfe : l’action de la planche sur la vague est la même ».
La vice-championne du monde explique appartenir à deux communautés, “celle de la société et celle des handi”. Un entre-deux difficile à vivre, que l'anthropologue américain Robert Murphy a théorisé sous le nom de liminalité (The Body Silent, 1987). Devenu lui-même tétraplégique, il désigne ainsi cette situation d’« entre-deux social » dans laquelle sont placées les personnes en situation de handicap : « ni tout à fait malades ni en bonne santé, ni pleinement intégrées ni totalement exclues ».
Cette place à part est aussi nourrie par la projection des personnes valides. A en croire Lydie Raër, coordinatrice du collectif handi-féministe et anti-validiste Les Dévalideuses : “on est soi-disant forcément malheureux quand on est en situation de handicap : les personnes valides font des projections et imaginent qu’on est ne peut être heureux qu’avec un corps valide. Mais ce n’est pas le cas”.
Le sport n’échappe pas à cette déconstruction. Les injonctions à l’encontre des athlètes paralympiques, que l’on glorifie lorsqu’elles réussissent à “dépasser leur handicap”, doivent questionner la société sur une vision plus désirable et inclusive du sport. Cet épisode amène alors à interroger ses propres comportements.
Cet épisode, réalisé par Clothilde Sauvages et Sylvain Paley, rend hommage à :