4 jours en Suisse pour décrocher du monde
En train, des Grisons au Tessin, ce voyage de quatre jours traverse forêts de pins, anciens monastères et lieux d’art. Une errance douce pour chercher le calme, tester la lenteur et voir ce que le silence fait au corps et à l’esprit.
Jour 1
Tout schuss au Castell Zuoz. Perchée au-dessus du village, cette ancienne clinique de rééducation construite il y a plus de cent ans est devenue un hôtel réputé, où séjourna autrefois Stefan Zweig. Pourquoi venir jusqu’ici ? Parce que le Castell Zuoz marie culture, nature et design.
La culture est partout. Les parties communes font office de galerie : les murs sont jonchés d’œuvres d’art, le bar est signé Pipilotti Rist, le photographe suisse Roman Signer a réalisé des performances aux abords de l’hôtel. Et, surtout, dans une petite tour, trône une installation de James Turrell, faite de couchers de soleil entre ombre et lumière, où le ciel devient matière. Les chambres, d’abord marquées par un héritage presque clinique, se lisent aujourd’hui comme des espaces minimalistes, pour amateurs de dépouillement ou « design freaks ». Deux architectes, deux ambiances : Hans-Jörg Ruch revisite le pin indigène dans chacune des chambres ; UNStudio, de son côté, mêle pop et épuré. Installé dans le mobilier taillé sur mesure, on pourrait relire Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau en regardant le soleil levant jouer à cache-cache avec les murs.
Drôle d’endroit pour entamer un voyage au pays des (plus de) mille vaches. Coup de cœur pour la salle à manger, où l’on a l’impression de remonter le temps.
Jour 2
Rêvasserie à la fenêtre du train rouge qui, comme celui de Jacques Prévert, fait le tour des Alpes suisses jusqu’à Pontresina, voisine très huppée de Saint-Moritz. Derrière les vitres du bus, des stalactites s’agrippent à la montagne grisée par l’ardoise. Difficile de rester de glace devant cette beauté minérale.
Les pas mènent jusqu’à l’hôtel Maistra 160. Comme l’explique son architecte, Gion A. Caminada : « Les lieux forts nous touchent, créent l’appartenance et l’identité. Une maison vit avec ses habitants, et ils vivent avec la maison. C’est ainsi que naît le sens de la maison. » Le sens de la maison, fil blanc de ce lieu planté dans le canton des Grisons, manifeste de minimalisme où l’art du beau résonne avec la nature. Au palmarès de ce chef-d’œuvre moderniste une façade en gneiss de Bodio Nero, pierre locale du canton voisin, un sol en terrazzo, des chambres cocooning vêtues de bois d’arven (pin suisse) et un spa aux multiples bassins bien-être. Yin yoga et séance de shiatsu viennent faire (acu)pression sur les méridiens du « second cerveau ».
Puis départ pour une randonnée à travers Pontresina, passage du pont, longeant la ligne de chemin de fer, puis montée vers le sentier où attend une forêt de pins à câliner. Trois kilomètres plus tard, halte à Lej Da Staz, petit chalet suisse au bois brûlé, coincé entre le vert des arbres et le blanc des chemins noircis de voyageurs oxymore assumé. Nourriture locale, portions généreuses (les petits estomacs sont prévenus). Le spot vaut le détour, et au final, 11 000 pas avalés, même pas mal.
Retour à l’hôtel, chaussons aux pieds, direction la bibliothèque. Un chai latte d’avoine, puis la paresse s’installe dans le fauteuil D156.3 de Gio Ponti, cerné par neuf cents ouvrages consacrés au paysage alpin. Conditions idéales pour entamer une nouvelle lecture : Renoncer aux voyages, enquête philosophique de Juliette Morice, grand dilemme humain depuis la nuit des temps.
L’heure du dîner dans la salle à manger habillée de pin, quelques tables dressées, léger brouhaha de couples et de familles, silence pressenti de la montagne derrière la baie vitrée, cimes avalées par la fin du jour. En cuisine, le duo Priscilla Cavagliotti et Sébastien Cigolla s’active, mêlant produits locaux et saveurs orientales pour le bonheur des yeux et des papilles
Jour 3
Après trois trains et deux bus à l’assaut des montagnes et des vallées ( soit 5h23 de transfert ) l’arrivée se fait à flanc de colline, à Vigo do Morcote, petit village pittoresque surplombant le lac de Lugano. Bienvenue dans le Tessin, où l’italien est langue officielle alors que l’on se trouve encore en Suisse, tout au sud, dans la région des lacs. Un rêve éveillé.
Déambulation dans l’ancien monastère devenu Relais Castello di Morocote. L’atmosphère est intemporelle, légèrement désuète. On passe d’une pièce sombre où se détachent poteries et objets de voyage à un salon de paresse baigné de lumière. Puis vient l’étape clé : un plafond en bois peint chapeautant le crépitement d’une cheminée. En fin de parcours, un salon de thé à l’intimité distillée. Cette métamorphose porte la signature de l’architecte d’intérieur Francesca Antonello Neri.
Puis découverte du domaine viticole Castello di Morocote. Sur 150 hectares de collines en terrasses, les vignes s’étirent sous l’ombre bienveillante d’un château médiéval. Merlot blanc, cépages rares et artisanat viticole se racontent au fil des dégustations.
Enfin, fermeture des volets sur la chambre et sur la journée, avant un festin au restaurant de l’hôtel, le Sorgente. Une cuisine inspirée des grottos tessinois, entre terroir et subtilité. Un refuge hors du temps, entre lac et collines, où résonnent les vers de Baudelaire luxe, calme et volupté.
Jour 4
Clap de fin pour le voyage en train, à Varèse, direction la Villa Panza. Accolée à la colline de Biumo, elle dévoile l’ancienne demeure de Giuseppe Panza, grand collectionneur d’art contemporain, fort de 2 500 œuvres.
Cette merveille architecto-culturelle du XVIIe siècle appartient aujourd’hui au F.A.I. (Fondo per l’Ambiente Italiano), fondation créée en 1975 sur le modèle du National Trust, dont la mission est de protéger et valoriser le patrimoine historique, artistique et paysager italien.
* Toutes les adresses citées dans cet article ont été choisies et testées par la rédaction. Aucune n’a fait l’objet d’un partenariat, d’une invitation ou d’une contrepartie financière ou en nature.
EN PRATIQUE
Itinéraire
Train, des Grisons au Tessin, avec une dernière étape à Varèse (Italie).Au lit !
Castell Zuoz (Zuoz)
Maistra 160 (Pontresina)
Relais Castello di Morcote (Tessin)A table !
Lej Da Staz (Pontresina)
Restaurant Sorgente (Morcote)A ne pas râter
Installation de James Turrell au Castell Zuoz
Randonnée autour de Pontresina
Domaine viticole Castello di Morcote
Villa Panza (Varèse)
Mots : Ingrid Bauer pour Hum média
- Publié le :
- Tags : paysage, Alpes, montagne, temps, suisse, Train, Marche, Évasion, Écologie douce, design, culture, nature, architecture, art contemporain, meditation, retraite
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