Alexis Croisé « Fuir la nervosité urbaine, le rythme harassant des grandes villes, et retrouver des mouvements plus souples et plus organiques »
Du bout de ses doigts, Alexis Croisé raconte six histoires à travers son deuxième EP, au nom éloquent, Komorebi. Un moment pour soi pour fuir l’anxiété urbaine et se reconnecter au vivant.
Cet après-midi, il fait doux sur le canal de l’Ourcq. Dans la grande verrière d’un café, Alexis Croisé arrive avec un vinyle sous le bras. « C’est un cadeau ! Ce sont des enregistrements de chants d’oiseaux d’Amazonie. » Le la est donné.
Alexis Croisé est né aux Pays-Bas mais sa famille décide rapidement de s’installer à Meudon, en banlieue parisienne. Il se considère donc comme un parfait citadin. De ceux qui ont l’impression de passer à côté de l’abondance offerte par la nature. « Mon rapport à la nature, c’est les animaux domestiques et deux buissons… Quand j’ouvre les fenêtres il y a du béton, un supermarché… Ça n’a aucun sens. J’ai l’impression d’avoir la tête dedans tous les matins et ça génère une frustration. On arrive à vivre ici uniquement parce qu’on met un voile dessus. »
Dans un de ses derniers morceaux, Sad Leopard Boi, le pianiste invoque d’ailleurs cette image de l’animal sauvage tournant indéfiniment dans sa cage. Comme une métaphore des quatre murs de nombreux petits espaces parisiens. Alexis décide alors de prendre l’air et de partir se balader un peu partout en France pendant six mois. Avec un ornithologue, Michel, et muni d’un enregistreur ils ont cherché et tendu l’oreille pour entendre les oiseaux. Leurs chants sont maintenant accordés au piano.
Cet instrument, Alexis l’a choisi assez jeune. C’est son père, guitariste folk, qui lui transmet rapidement sa passion pour les choeurs et les harmonies. Il prend quelques cours puis le met peu à peu de côté à l’adolescence. A douze ans, il a envie d’autre chose, de sortir avec les copains, d’épouser un côté plus rock’n’roll. Il n’hésite pas à dire qu’il y a même un côté « loser » et « bourgeois » à jouer du piano. L’amour va l’y faire revenir. Il y a cette fille, Augustine, qui réveille de nouvelles sensations en lui et l’inspire. Avec l’aide d’un ami et de son frère pour le design, ils sortent un vrai disque. « On a tout fait ! C’était trop drôle et je lui ai offert à son anniversaire… Elle était en larmes ! C’est là que tout a commencé réellement. Je ressentais de nouvelles choses, j’étais en roue libre. » se remémore t-il avec le sourire.
C’est le twist, Alexis Croisé devient alors pianiste. Ce n’est plus du tout « ringard ». Aujourd’hui, les deux amoureux de jeunesse ont pris des chemins différents mais Alexis ne s’est jamais séparer du piano. « Avec le piano, c’est vraiment une histoire de sensations. J’avoue avoir conscience de mes limites en capacités techniques. J’ai choisi un instrument académique avec de grands noms de compositeurs derrière. Il est imposant, même intimidant. »
Alexis n’imagine alors pas du tout en faire un métier. Il ne se sent pas au niveau des autres au conservatoire où il ne restera qu’une année. Cela va même au-delà, avec son style qui dénote avec l’image très codée du pianiste, indéniablement élégant. Toujours cette question de place qui revient. En parallèle, il ne brille pas davantage dans le système scolaire. Sur ses bulletins de notes, la mention « Alexis n’est pas là. Il est dans la lune. » revient sans cesse. Devant un clavier, il se sent beaucoup plus à sa place que sur les bancs de l’école. « La fin des études c’était le plus beau jour de ma vie ! » s’exclame t-il en riant.
Après une adolescence mouvementée « Le piano est devenu un vrai canal. Ça m’a permis d’extérioriser tant d’émotions que je ressentais à ce moment là. »
Le bac en poche, Alexis Croisé enchaîne quelques jobs alimentaires mais continue la musique. Il évolue au sein d’un groupe pop psychédélique, Biche, devenu aujourd’hui un projet plutôt personnel du chanteur. Cette aventure musicale de groupe lui apporte beaucoup de rigueur et leur petite notoriété le fait repérer par JB Dunckel du groupe Air. A ses côtés, il fait son premier live et à partir de là les collaborations s’enchaînent. Clara Luciani, Léonie Pernet … Alexis Croisé admet que la pression est alors très forte. Ses légères lacunes techniques lui demandent de travailler comme un fou. « Je m’en sortais, mais à quel prix ? Je n’ai plus envie de m’infliger ça. En studio, tu n’as pas cette pression du shot. Je me sens inspiré, j’ai vraiment l’impression de laisser une autre empreinte… C’est là où je suis le meilleur. » admet-il avec le sourire
Aujourd’hui, le musicien tend vers ce chemin. Néanmoins, il est aussi un citadin frustré. Bien sûr qu’il a déjà pensé à quitter la ville mais il concède qu’il n’est pas si facile de quitter ses amis, sa famille, tout « ce bagage social ». Ainsi il se résout à ce « sacrifice » et veut faire l’éloge des éléments, de la nature. Pour lui, la faune et la flore méritent mieux que ce qu’on leur inflige. C’est pour toutes ces raisons qu’il a décidé de partit avec un enregistreur à la recherche des bruits du vent, de rivières et des merveilleux chants des oiseaux. « Il y a dix ans déjà, j’avais des morceaux qui s’intitulaient Rencontre avec une tortue, La nuée rose… En réalité, j’ai toujours composé autour de ces thèmes. C’est eux qui m’inspire le plus. Finalement, tout ce que je ne vois pas dans mon quotidien. »
De la Drôme à la Bretagne, le pianiste a bien vagabondé avec ses jumelles et l’ornithologue, Michel. Un peu comme des aventuriers dans les dessins animés. Surprise, le Bois de Boulogne regorge de volatiles chanteurs. Avis aux promeneurs parisiens…
La tête pleine de souvenirs, cette expérience lui a donné envie d’aller plus loin. Depuis la rentrée, il s’est produit plusieurs fois au Centre Culturel au profit de deux associations équivoques La Ligue de Protection des Oiseaux et Les Soulèvements de la Terre. Des actions qui réduisent sa frustration de se sentir tellement loin de ce qu’il prône en vivant dans la capitale et qui le font se sentir utile au service de la nature.
Dans la douceur de décembre, Alexis Croisé se pose toujours la question de la légitimité. Il a toujours joué « sans concessions » et ne réalise toujours pas vraiment. Une question de confiance en soi, de syndrome de l’imposteur qui subsiste, même s’il reçoit beaucoup de soutien ces cinq dernières années. Dans son nouveau processus de création, il a envie d’être plus synthétique même si le piano restera central.
Une dernière question reste en suspens. Au delà de son côté rêveur, est-il toujours exalté, passionné ? Compose t’il encore par amour ? « Toujours ! Je suis à la frontière de l’épique et du kitsch en permanence… Je surfe dessus ! »
Mots : Camille Balland
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Alexis Croisé « Fuir la nervosité urbaine, le rythme harassant des grandes villes, et retrouver des mouvements plus souples et plus organiques »
Du bout de ses doigts, Alexis Croisé raconte six histoires à travers son deuxième EP, au nom éloquent Komorebi. Un moment pour soi pour fuir l’anxiété urbaine et se reconnecter au vivant.
Cet après-midi, il fait doux sur le canal de l’Ourcq. Dans la grande verrière d’un café, Alexis Croisé arrive avec un vinyle sous le bras. « C’est un cadeau ! Ce sont des enregistrements de chants d’oiseaux d’Amazonie. » Le la est donné.
Alexis Croisé est né aux Pays-Bas mais sa famille décide rapidement de s’installer à Meudon, en banlieue parisienne. Il se considère donc comme un parfait citadin. De ceux qui ont l’impression de passer à côté de l’abondance offerte par la nature. « Mon rapport à la nature, c’est les animaux domestiques et deux buissons… Quand j’ouvre les fenêtres il y a du béton, un supermarché… Ça n’a aucun sens. J’ai l’impression d’avoir la tête dedans tous les matins et ça génère une frustration. On arrive à vivre ici uniquement parce qu’on met un voile dessus. »
Dans un de ses derniers morceaux, Sad Leopard Boi, le pianiste invoque d’ailleurs cette image de l’animal sauvage tournant indéfiniment dans sa cage. Comme une métaphore des quatre murs de nombreux petits espaces parisiens. Alexis décide alors de prendre l’air et de partir se balader un peu partout en France pendant six mois. Avec un ornithologue, Michel, et muni d’un enregistreur ils ont cherché et tendu l’oreille pour entendre les oiseaux. Leurs chants sont maintenant accordés au piano.
Cet instrument, Alexis l’a choisi assez jeune. C’est son père, guitariste folk, qui lui transmet rapidement sa passion pour les choeurs et les harmonies. Il prend quelques cours puis le met peu à peu de côté à l’adolescence. A douze ans, il a envie d’autre chose, de sortir avec les copains, d’épouser un côté plus rock’n’roll. Il n’hésite pas à dire qu’il y a même un côté « loser » et « bourgeois » à jouer du piano. L’amour va l’y faire revenir. Il y a cette fille, Augustine, qui réveille de nouvelles sensations en lui et l’inspire. Avec l’aide d’un ami et de son frère pour le design, ils sortent un vrai disque. « On a tout fait ! C’était trop drôle et je lui ai offert à son anniversaire… Elle était en larmes ! C’est là que tout a commencé réellement. Je ressentais de nouvelles choses, j’étais en roue libre. » se remémore t-il avec le sourire.
C’est le twist, il devient alors pianiste. Ce n’est plus du tout « ringard ». Aujourd’hui, les deux amoureux de jeunesse ont pris des chemins différents mais Alexis ne s’est jamais séparer du piano. « Avec le piano, c’est vraiment une histoire de sensations. J’avoue avoir conscience de mes limites en capacités techniques. J’ai choisi un instrument académique avec de grands noms de compositeurs derrière. Il est imposant, même intimidant. »
Alexis n’imagine alors pas du tout en faire un métier. Il ne se sent pas au niveau des autres au conservatoire où il ne restera qu’une année. Cela va même au-delà, son style dénote avec l’image très codée du pianiste, indéniablement élégante. Toujours cette question de place qui revient. En parallèle, il ne brille pas davantage dans le système scolaire. Sur ses bulletins de notes, la mention « Alexis n’est pas là. Il est dans la lune. » revient sans cesse. Devant un clavier, il se sent beaucoup plus à sa place que sur les bancs de l’école. « La fin des études c’était le plus beau jour de ma vie ! » s’exclame t-il en riant.
Après une adolescence mouvementée « Le piano est devenu alors un vrai canal. Ça m’a permis d’extérioriser tant d’émotions que je ressentais à ce moment là. »
Le bac en poche, Alexis Croisé enchaîne quelques jobs alimentaires mais continue la musique. Il évolue au sein d’un groupe pop psychédélique, Biche, devenu aujourd’hui un projet plutôt personnel du chanteur. Cette aventure musicale de groupe lui apporte beaucoup de rigueur et leur petite notoriété le fait repérer par JB Dunckel du groupe Air. A ses côtés, il fait son premier live et à partir de là les collaborations s’enchaînent.
Clara Luciani, Léonie Pernet… Alexis Croisé admet que la pression est alors très forte. Ses légères lacunes techniques lui demandent de travailler comme un fou. « Je m’en sortais, mais à quel prix ? Je n’ai plus envie de m’infliger ça. En studio, tu n’as pas cette pression du shot. Je me sens inspiré, j’ai vraiment l’impression de laisser une autre empreinte… C’est là où je suis le meilleur. » admet-il avec le sourire.
Aujourd’hui, Alexis Croisé tend vers ce chemin. Néanmoins, il est aussi un citadin frustré. Bien sûr qu’il a déjà pensé à quitter la ville mais il concède qu’il n’est pas si facile de quitter ses amis, sa famille, tout « ce bagage social ». Ainsi il se résout à ce « sacrifice » et veut faire l’éloge des éléments, de la nature. Pour lui, la faune et la flore méritent mieux que ce qu’on leur inflige. C’est pour toutes ces raisons qu’il a décidé de partit avec un enregistreur à la recherche des bruits du vent, de rivières et des merveilleux chants des oiseaux. « Il y a dix ans déjà, j’avais des morceaux qui s’intitulaient Rencontre avec une tortue, La nuée rose… En réalité, j’ai toujours composé autour de ces thèmes. C’est eux qui m’inspire le plus. Finalement, tout ce que je ne vois pas dans mon quotidien. »
De la Drôme à la Bretagne, le pianiste a bien vagabondé avec ses jumelles et l’ornithologue, Michel. Un peu comme des aventuriers dans les dessins animés. Surprise, le Bois de Boulogne regorge de volatiles chanteurs. Avis aux promeneurs parisiens…
La tête pleine de souvenirs, cette expérience lui a donné envie d’aller plus loin. Depuis la rentrée, il s’est produit plusieurs fois au Centre Culturel au profit de deux associations emblématiques La Ligue de Protection des Oiseaux et Les Soulèvements de la Terre. Des actions qui réduisent sa frustration de se sentir tellement loin de ce qu’il prône en vivant dans la capitale et qui le font se sentir utile au service de la nature.
Dans la douceur de décembre, Alexis Croisé se pose toujours la question de la légitimité. Il a toujours joué « sans concessions » et ne réalise toujours pas vraiment. Une question de confiance en soi, de syndrome de l’imposteur qui subsiste, même s’il reçoit beaucoup de soutien ces cinq dernières années. Dans son nouveau processus de création, il a envie d’être plus synthétique même si le piano restera central.
Une dernière question reste en suspens. Au delà de son côté rêveur, est-il toujours exalté, passionné ? Compose t-ill encore par amour ? « Toujours ! Je suis à la frontière de l’épique et du kitsch en permanence… Je surfe dessus ! »
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