Pourquoi faut-il voir le film d’animation Arco ?

Derrière ses couleurs acidulées, Arco d’Ugo Bienvenu cache un récit plus inquiet qu’il n’y paraît. En faisant se rencontrer un enfant venu d’un futur apaisé et une fillette qui grandit dans un monde saturé de technologie, le réalisateur observe, avec douceur et un brin de mélancolie, nos certitudes écologiques vacillantes. Un film d’animation qui interroge l’époque sans hausser la voix, et réussit pourtant à se faire entendre.

 

Certains films laissent en nous une trace silencieuse, une résonance qui persiste bien au-delà de la sortie de la salle. C’est le cas du film d’animation d’Ugo Bienvenu, Arco, sorti le 22 octobre. Arco est un garçon venu d’un futur lointain où l’humanité a trouvé une certaine harmonie. Les humains sont autonomes, vivant à nouveau comme des chasseurs-cueilleurs, avec une simplicité presque méditative. La scène d’ouverture montre notamment le petit Arco en train de cueillir des pommes et flâner à travers une végétation luxuriante.
 
Ce dernier se retrouve accidentellement propulsé en l’an 2075, époque marquée par les fragilités environnementales. Là, il est recueilli par Iris, une fillette de 10 ans. Ce contraste entre un avenir « résolu » et un présent en proie aux incertitudes climatiques donne au film son énergie et son urgence discrète.
Les signes de dérèglement sont partout dans la société où vit Iris : des feux de forêt embrasant l’horizon, des tempêtes violentes secouant la ville… Les habitations sont protégées par de grandes bulles transparentes censées isoler les humains du chaos climatique.
 
Dans cet univers suspendu, la technologie semble tout régir, mais au prix d’une solitude étouffante : les relations se sont dématérialisées, les gestes se sont lissés, les parents absents ont été remplacés par des robots, et la nature, bien que toujours présente, est domestiquée. Par petites touches, Arco interroge une écologie d’apparence, celle qui verdit les surfaces sans jamais changer les gestes. Les personnages vivent dans des environnements propres, calibrés, lissés…Tandis que le lien au vivant, lui, s’est effacé. Les bulles protectrices isolent les maisons des intempéries, les tempêtes sont prévues, calculées, neutralisées. Rien n’est laissé au hasard et pourtant tout semble fragile.
 
Un des grands mérites du film est qu’il aborde l’écologie sans tomber dans l’alerte brutale ou le sermon. Cela rend le propos d’autant plus puissant pour un public familial. À une époque où l’on parle beaucoup de « décrochage » avec la nature, d’éco-anxiété, ce film propose de replacer la nature non comme simple décor ou victime de son temps, mais comme horizon d’espoir  un espace de reconnection plutôt que de culpabilité.
 
Ce n’est pas un hasard si le film est né dans le sillage de la pandémie : l’auteur voulait offrir aux enfants une histoire qui parle d’avenir sans résignation,  un conte tourné vers la lumière. Bienvenu invite donc à « revenir à la nature », certes, mais surtout à ré-imaginer notre relation au vivant, au temps et aux générations futures. Chaque élément du film -la cape, la végétation, la lumière, le voyage temporel agit comme un symbole écologique.
 
La cape aux couleurs arc-en-ciel d’Arco résume avec douceur l’idée du lien. Dans le récit, elle est perdue, puis retrouvée et réparée : un geste qui renvoie à la possibilité de réparer le monde vivant et d’en prendre soin. Le réalisateur et dessinateur le décrit lui-même comme un symbole qui « indique qu’après la pluie vient le beau temps ». De plus, le lien entre Arco et Iris est au cœur du film. Il illustre une idée simple : prendre soin du monde commence par prendre soin de l’autre. Leur relation naît de la curiosité, de la bienveillance, d’une écoute mutuelle, autant de gestes qui forment une éthique écologique à l’échelle humaine. Dans un monde où la technologie a remplacé la proximité, leur amitié réapprend la présence, le partage et l’émerveillement. À travers l’innocence de ses deux héros,  leur duo, une micro-utopie se dessine : un modèle de coexistence à l’échelle du vivant  modeste, mais profondément inspirant.
 
Bref, on vous conseille vivement d’aller découvrir cette petite merveille, qui dit quelque chose de notre époque autant qu’elle la rêve.
Voir la bande annonce : ICI 
Mots : Margot Bakan-Tandel 
 

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© Arco d’Ugo Bienvenu - Diaphana

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