Fleurs de saison : et si on cultivait le bon sens ?

Photographies ·
Pauline Lécrivain

Elles embellissent une tablée, célèbrent une naissance, honore un deuil… Mais d’où viennent ces fleurs que nous achetons ? Enquête sur une filière mondialisée ou des voix s’élèvent, comme celle de Manon Mignard, floricultrice en Seine-et-Marne, qui veulent redonner du sens à ce que nous mettons dans nos vases.

« Quand on vit en appartement, acheter un bouquet c’est un peu comme s’offrir un jardin. » C’est ce souvenir sensible qui a conduit Manon, ancienne communicante parisienne, à tout quitter pour devenir floricultrice. Et c’est à Ury, en Seine-et-Marne, qu’elle cultive des fleurs au rythme des saisons, loin des serres surchauffées et des avions-cargos. Une démarche engagée, dans un secteur encore très dépendant de l’importation, des intrants chimiques et d’une esthétique standardisée. « Une fleur de saison, c’est une fleur qu’on accompagne dans son cycle naturel, on peut optimiser sa production mais pas la forcer. »  rappelle-t-elle.

Selon les données de 2023 du Val’hor, interprofession française de l’horticulture, la France importe chaque année pour plus d’un milliard d’euros de fleurs et de plantes ornementales, dont près d’un tiers de fleurs coupées. La majorité vient des Pays-Bas, mais aussi du Kenya, d’Éthiopie ou de Colombie. Réfrigérées, traitées, transportées en avion puis en camion via les marchés internationaux – notamment celui d’Amsterdam – ces fleurs affichent une empreinte carbone bien supérieure à celles produites localement en plein air. « Des fleurs qui prennent l’avion et une mousse florale pleine de micro plastiques. Difficile d’admirer un décor quand on sait combien il pollue. » affirme Audrey Courtois, fleuriste écoresponsable. Ainsi, selon la Royal Horticultural Society, un bouquet de douze roses importées peut générer jusqu’à 75 kg de CO₂, contre 1,4 kg pour le même bouquet produit localement, dans sa saison. « À la Saint-Valentin, certains clients veulent leurs roses à tout prix. Mais ici en février, ce sont les hyacinthes qui fleurissent naturellement. » explique Manon. Une restauratrice du village a même décidé d’en offrir une à chaque client ce soir-là, pour sensibiliser les consciences en douceur.

« Les fleurs sont aussi belles sans pesticides » Chez Manon, l’hiver marque une pause. Pas de vente. Juste le travail du sol et du repos. « Le vivant a besoin de cette respiration. Et franchement, moi aussi. » Son modèle agricole est résolument sobre : eau de pluie récupérée dans deux citernes, paillage issu des déchets verts de la commune, compost maison. Pas de label bio mais une volonté de respecter les cycles, les saisons et la terre. Elle vend sur les marchés, fait des livraisons aux fleuristes locaux et organise des cueillettes ouvertes au public à la belle saison. 

Alors que la consommation responsable progresse côté alimentation, la fleur reste souvent la grande oubliée. Or, elle aussi a une provenance et une empreinte. En 1970, la France comptait environ 8 000 exploitations florales, d’après le Collectif de la Fleur Française. Aujourd’hui leur nombre a diminué drastiquement. Mais la filière s’organise et ce collectif dont Manon est membre, fédère aujourd’hui plus de 500 producteurs et artisans engagés dans la relocalisation florale.  

Produire des fleurs de manière responsable, ce n’est pas seulement une question de pollution ou d’empreinte carbone. C’est aussi nous relier au rythme du vivant, à ses saisons et aux célébrations de nos existences qui s’inscrivent dans un cycle partagé. 

Explorer la thématique

1/0