Le festival We Love Green : d’une écologie positive à un engagement politique

Voilà déjà quinze ans que le festival parisien a été lancé. À l’origine, le projet qui voit le jour dans les jardins de Bagatelle est surtout musical et l’engagement écologique, une toile de fond.Quelques jours après un épisode caniculaire inédit, la question n’a jamais été aussi brûlante.
 
Mots  : Nina Boutléroff
Publié  le 06/06/2026
 
Aux origines du Think Tank
Il faut s’imaginer des files d’attentes interminables pour les toilettes sèches ou un bento de “La Guinguette d’Angèle” servi avec des couverts en bois, avec en fond sonore, les accords de Pete Doherty, Metronomy ou encore Selah Sue. 2011, le festival We Love Green connaît l’engouement des débuts qui tient dans la promesse d’autant plus cool qu’elle est engagée : une programmation musicale stylée, des stands de food vegan (et c’est le top de la nouveauté à l’époque) et en bonus, des talks écolos.
 
 Au détour d’une botte de foin, un petit tipi intimiste abrite quelques curieux venus s’informer. “Au départ, le lien entre la culture et l’écologie était moins évident, pour autant c’est une époque où le film de Cyril Dion, “Demain”, sort au cinéma et où médiatiquement, on est dans une écologie positive faite de solutions et de petits gestes qui pouvaient avoir du sens et être inspirants.”, témoigne Maxime de Rostolan, co-programmateur du Think Tank. Les invité·e·s sont alors des “faiseurs”, c’est-à-dire, des agriculteur·ice·s ou maraîcher·e·s, des gens de terrain qui ont littéralement les mains dans la terre. 
 
Quelques années et crises politiques plus tard, le Think Tank s’est éditorialisé tout en prenant de l’ampleur. Désormais organisé sur l’une des grandes scènes principales ce rendez-vous est devenu majeur : “notre programmation est tout autant attendue que celle de la musique”, confirme Zoé Compoint, co-programmatrice du Think Tank. Un bingo d’Aymeric Lompret, Asma Mhalla et François Saltiel pour parler du technofascisme, Camille Etienne sur les pesticides… Aujourd’hui les voix de l’engagement sont plutôt incarnées par des personnalités médiatiques et les sujets abordés vont au-delà de l’écologie du quotidien, comme un signe d’engagement un peu plus ancré dans la réflexion et l’action politique. 
 
Alléger la forme pour des enjeux pesants
“Le virage politique était assez inévitable étant donné l’âge de nos festivaliers qui appartiennent à une génération qui a toujours entendu parler du réchauffement climatique”, confirme Zoé Compoint. “Je les crois mieux informés mais néanmoins moins touchés. Comme s’ils s’en protégeaient, parce que le sujet est devenu hyper anxiogène difficile à aborder, car très violent.” 
 
À l’heure où le monde et le système pétrolier sont rythmés par les guerres, où les prévisions de réchauffement climatique s’affolent et où le technofascisme s’étend, l’enjeu d’un festival comme We Love Green est de pouvoir aborder des sujets lourds sans plomber. “Le côté léger qui avant était dans le fond, se trouve finalement dans la forme aujourd’hui. On est passés de conférences un peu classiques, un peu austères incarnées par des “faiseurs” à un format cabaret pour aborder les sujets de plus en plus lourds et les rendre acceptables, qui puissent être audibles.”, développe Maxime de Rostolan. 
 
Entre les débats de pensées qui prennent la forme de concours de punchlines empruntant la culture du clash, du Comedy Club qui accueille des humoristes ou encore de “dessins en live”, réalisés cette année par l’activiste féministe Blanche Sabah et Emilie Tronche, de la bande-dessinée “Samuel”, accompagnée du musicien Max Baby, la variation des formes sert une ambition autour du concept de résistance, fil conducteur de cette édition 2026. “Parmi les sujets qu’on ne peut pas éviter cette année, il y a évidemment la guerre mais aussi le capitalisme, le sujet des lanceurs d’alerte sur des questions comme la désinformation liée aux pesticides.”, précise Maxime de Rostolan.


Entrer en résistance
Le mot de la fin et du futur, donc : “entrer en résistance” mais tout en cultivant une vision sociale et culturelle, voire émotionnelle semble être l’ambition principale de We Love Green. “Ce festival est un peu un laboratoire émotionnel, on teste ce qui touche les gens, ce qui peut activer leur corde sensible”, conclut Zoé Compoint. “Il faut réussir à parler d’environnement via la culture, grâce à des formats qui touchent les festivaliers, pas uniquement sur le plan intellectuel, mais les toucher aussi par la musique, le dessin, l’art.” 
 
Un mantra que l’on souhaiterait universel et qui s’étend au champ socio-culturel plus large à commencer par la fête. “Il faut absolument faire en sorte que la fête puisse rester politique, ajoute Maxime de Rostolan. S’il n’y a pas de dimension politique à la fête, c’est la fin. Je pense que la résistance est là et dans les mots de Matthieu Pigasse quand il a racheté We Love Green (en 2025, ndlr).” Sur X, l’homme d’affaires avait justifié son rachat ainsi : “Nous avons acheté le festival @WeLoveGreen parce qu’un festival incarne tout ce qu’on tente de faire taire. À l’heure où la droite radicale rêve d’ordre et de censure, un festival est une zone libre, un espace ouvert, qui nous relie. Il a le métissage comme horizon et la culture comme contre-pouvoir. Là où les réacs rêvent de silence et d’obéissance, nous ferons résonner la fête et la contestation. #Combat ”. 
 
Qu’on y aille pour la musique, la scène comique ou politique, continuer de s’instruire et de s’ouvrir aux problématiques environnementales est un acte de résistance en soi. 


©Vassili Feo
© Marina Viguier
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