François Gourand

Francois Gourand : « Les paysages (…) sont sublimés par la présence du vent catabatique »

Sur les ondes ou dans le poste, il arrive parfois à François Gourand de « faire la pluie et le beau temps » en parlant des phénomènes météorologiques ; Mais sa véritable passion le porte vers un autre métier, celui de partir en mission pour l’Antarctique. Il raconte.

«Très loin des aventures héroïques et périlleuses des explorateurs d’antan, l’aspect aventure exotique persiste »

 
« J’ai passé une année complète à hiverner ; en Antarctique c’est quelque chose de difficile à imaginer, tant la réalité de cette expérience est éloignée d’une vie classique.  »La première caractéristique à laquelle on pense, à côté du désert glacial, c’est l’éloignement et l’isolement de notre lieu de vie. Bien que l’on soit maintenant à bien des égards très loin des aventures héroïques et périlleuses des explorateurs d’antan, l’aspect aventure exotique persiste, et se lancer dans l’hivernage est une sorte de saut dans le vide. 
 
Depuis mon premier et mémorable hivernage en 2009, je n’avais jamais exclu la possibilité de revenir vivre cette fabuleuse expérience en Antarctique. Contrairement à cette première fois, je savais ce qui m’attendrait, je connaissais les différentes phases que l’on rencontre inévitablement pendant l’année. Le voyage est un moment magique, dont l’intensité atteint le paroxysme au moment de l’arrivée en Antarctique. Rien que pour ce voyage, l’expérience en vaut la peine, le séjour d’un an sur place faisant alors presque figure de détail…
 
Au voyage succède inévitablement une assez longue période d’euphorie consécutive à l’arrivée sur la base, et la découverte des lieux pour la majorité de futurs hivernants qui accentue la puissance de ce moment. J’ai été porté par ce doux sentiment pendant de longues semaines de campagne d’été. Courant janvier, j’ai aimé observer cette ligne un peu plus sombre sur l’horizon nord de la base, gagnant en durée et en intensité au fil des jours : le rappel que le soleil de minuit ne serait ainsi pas éternel, et que la nuit reviendrait bientôt, transformant profondément ce « pays de lumière » qu’est la Terre Adélie l’été, en quelque chose de radicalement différent.
 
Au-delà des photos que je partageais régulièrement sur mon blog personnel, j’ai pu raconter à mes proches, mon émerveillement devant la lumière chaque jour plus douce, plus penchée, plus courte, plus hivernale, tout simplement. La magie des lumières polaires commence à se révéler au mois de mars, avec une fabuleuse transition de 7 à 8 minutes de lumière en moins chaque jour, des levers et couchers de soleil que j’ai commencé à guetter avec attention, me positionnant parfois derrière une vitre au chaud, mais parfois dehors, dans le froid Adélien. J’ai ainsi pu célébrer l’arrivée et le départ de chacune de ces journées où je pouvais alors mesurer l’immensité du privilège de ma présence sur le Grand Continent Blanc. Que je sois au travail ou de repos, j’essayais quand la météo était favorable de ne pas manquer ces moments de contemplation intense et joyeux. Les semaines passant, le soleil se levait toujours plus à l’ouest, se rapprochant du nord, et j’essayais de deviner de derrière quel iceberg il surgirait alors. 

« Les paysages (…) sont sublimés par la présence du vent catabatique »

Une grande partie de mon attachement à ce lieu tient à ces paysages désertiques illuminés de couleurs uniques qui se révèlent de façon croissante au cours de l’hivernage. Les paysages, au-delà des couleurs incroyables, sont également sublimés par la présence du vent catabatique. Celui-ci arrache des gerbes de neige qui s’élèvent ensuite à des dizaines, parfois des centaines, de mètres. Quand on précède ou suit le blizzard, le spectacle est extraordinaire, les rafales neigeuses dansent ainsi autour de nous, en prenant parfois des directions inattendues, avec la très forte turbulence typique de ce vent quand il atteint la zone côtière. Un peu comme les manchots Empereurs, le catabatique est un voisin de l’hivernant qui n’est jamais bien loin. Souvent présent naturellement plus près de sa source, sur le continent voisin, formant un imposant mur de neige barrant parfois l’horizon, c’est vraiment quand il déferle sur la banquise que le spectacle prend une dimension qui n’a cessé de me fasciner. J’aimais sortir me réfugier derrière l’abri de gonflage de nos ballons, relativement préservé du vent fort, pour vivre pendant de longues minutes au plus près de ce déchaînement des éléments. J’y ai vécu parmi mes meilleurs souvenirs de l’année, rythmée par la contemplation de cet immense glaçon du bout du monde, presque d’un autre monde… Si vous y songez sérieusement, foncez
Propos recueillis par Eddy Duluc
Photos  François Gourand

Mots : Ingrid Bauer
Photos: @alizeebauer

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