Guillaume Meurice « Je n’ai jamais été très sage »
Guillaume Meurice avance souvent sans plan, mais jamais sans idées. Chez lui, l’humour n’est ni un refuge ni une posture. C’est plutôt une méthode pour observer, provoquer, rire et parfois déranger. De la radio aux planches, de la BD à l’écologie, itinéraire d’un insoumis qui préfère l’aventure à la réussite.
Un matin gris, à quelques minutes à pied de Radio Nova, Guillaume Meurice pousse la porte de la Recyclerie, éco-lieu atypique du 18e arrondissement de Paris. Un décor presque à son image, engagé, un peu bancal et joyeusement vivant.
L’humoriste vit aujourd’hui à Rennes, « en Breizh ! ». Entre la Bretagne et les tournées, il retrouve chaque dimanche son public parisien pour La Dernière à Radio Nova, en direct de 18h à 20h. Après son licenciement de France Inter, Matthieu Pigasse, propriétaire de la station, lui ouvre l’antenne. Avec ses amis de toujours, il crée un nouveau rendez-vous. Le pari paie : fin 2025, l’émission dépasse le million d’auditeurs selon Médiamétrie et l’Européen affiche complet tous les dimanches. Au micro, les vannes fusent et la frontière entre les rôles s’efface.
Guillaume Meurice est de ceux-là. De ceux qui n’ont jamais su, ni voulu, rester à leur place. « À l’école, il fallait être sage, lever la main… Je me souviens de sauter sur les lits pendant la sieste ! J’ai rapidement compris que je n’aimais pas trop l’autorité. »
Il grandit en banlieue dijonnaise, dans une famille « soixante-huitarde » : un père cheminot, une mère au foyer, une grande sœur. À six ans, déménagement en Haute-Saône. Les parents reprennent une maison de presse dans un petit village. Pas de télévision à la maison, mais Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo « celui d’avant », précise-t-il. Chez les Meurice, la politique ne se cantonne pas aux repas de famille « Tout le village passait. Mes parents, écolos, adhérents Greenpeace, débattaient avec des chasseurs. Avec le recul, je me dis que c’était quand même une sacrée ambiance ! » L’humoriste se dit qu’il a eu de la chance de grandir à la campagne, dans une famille de « déconneurs » porté par une bande de copains.
Après avoir obtenu son bac en 1999 à la deuxième tentative (motif : la Coupe du Monde 1998), Guillaume Meurice part pour Besançon faire un DUT de comptabilité. Il l’obtient mais en trichant. En 2017, l’école l’invite à une cérémonie de remise de diplômes. Problème : il a déjà raconté partout comment il a triché.« Ils m’ont cancel* de la cérémonie ! Alors que je voulais commencer en rendant mon diplôme et en leur avouant que je l’ai volé. J’étais trop content de ma blague… Raté ! » Même scénario à Aix-en-Provence l’année suivante, où il se fait exclure dès la première année de licence. Il reconnaît que le vrai projet était ailleurs : vivre à Marseille pour aller voir l’OM avec les copains. Peu durable, mais très lui.
Curieux de tout, il découvre le théâtre au Cours Florent. Guillaume Meurice y rencontre un professeur qui l’incite à travailler Racine, même si ce n’est pas son truc. Il y gagne de la rigueur, et surtout une conscience de l’espace scénique. Des planches qu’il ne quittera plus vraiment, puisqu’il découvre en parallèle les scènes ouvertes. Il a la vingtaine quand il croise Pierre-Emmanuel Barré, Aymeric Lompret, Kyan Khojandi, Bérengère Krief, Alex Vizorek. Une génération de stand-up qui s’entraide, sans esprit de concurrence. Cette solidarité va bientôt trouver un écho plus large.
En 2012, France Inter lance une grande audition et décide de les contacter. La joyeuse bande est alors en plein festival d’Avignon. Ils sont trois à faire l’aller-retour dans la journée, sans vraiment mesurer l’enjeu. Les blagues fusent avec Pierre-Emmanuel Barré et Alex Vizorek dans le studio. La radio du service public ne leur dit rien tout de suite, mais elle est complètement séduite par leur complicité et leur énergie en studio. « On est repartis à Avignon sans vraiment se rendre compte que ça allait changer nos vies. »
Guillaume Meurice devient alors un homme de radio. De plus en plus présent à l’antenne, il sillonne la France pour ses micro-trottoirs. Dix ans de reportages où il s’amuse à taquiner les opinions de tous bords, « être subversif », « titiller les interdits » les mettre face à leurs contradictions. Il dira plus tard avoir longtemps joui d’une grande liberté à France Inter, et s’être senti protégé… jusqu’à LA blague. Un an et demi plus tard, il concède que cela ne l’a pas tant affecté. « Les bagarres, les coups de pression, les tours de force, ça m’amuse mais c’est un énorme cirque où chacun joue son rôle. À mes yeux, ce n’est pas vraiment réel et sérieux. »
L’humoriste aime passer d’un format à l’autre, d’un milieu à l’autre. Pour lui, tout se répond. Quand Sandrine Deloffre le contacte pour un projet de bande dessinée, il n’en a jamais fait. Peu importe, il tente. Ensemble, ils choisissent de traiter avec humour un sujet grave, la maltraitance animale. Deux tomes sont déjà sortis et les aventures des animaux de La Révolte sans précédent (éd.Dargaud) sont loin d’être terminées. Le succès est là, mais surtout, ils s’amusent. À tel point qu’ils parlent déjà d’un possible tome 5.
À travers ce support, Guillaume Meurice met en lumière ce qui lui tient à cœur : la domination des hommes sur les animaux. Végétarien convaincu, il ne se voit ni en militant ni en donneur de leçons. Il raconte, simplement, son point de vue. « Je veux créer un parc d’attraction, racheter Disneyland dans trente ans pour faire le parc de La Révolte sans précédent. » puis il s’interrompt d’un coup et s’exclame : « Mais en fait, j’ai un plan de carrière ! Je viens de découvrir que j’avais de l’ambition. »
Les idées, en tout cas, ne manquent pas. En octobre dernier, l’écrivain co-signe Loumi, l’odyssée du poisson pané (éd.Delcourt)Il y aborde d’autres questions environnementales : les océans, les dérives de la pêche industrielle. En mars, il publiera un ouvrage consacré aux orques et à la communication animale. Sa nouvelle lubie ? Accompagner ses amis photographes animaliers, jumelles autour du cou, pour observer les animaux dans la forêt.
« On ne peut pas être écolo sans être anticapitaliste, faire porter toute la responsabilité du changement climatique sur l’individu. Le colibri, tout ça… c’est des conneries. C’est l’autodéfense du système pour qu’il continue tel qu’il est ». L’humour et l’écriture lui servent d’exutoire, de filtre, de canal, une manière de transformer cette colère intérieure. En parallèle, il continue de se produire sur scène avec son ami astrophysicien Éric Lagadec, dans son rôle de « spécialiste autoproclamé de la connerie ».
Dans la vie, en studio comme sur scène, il n’y a qu’un seul Guillaume Meurice. Le même ton, la même liberté, les mêmes convictions. Il avance sans filtre, sans posture, attrape les occasions au passage, au gré de ses désirs plus que de ses plans de carrière. Dans un monde où rien n’est neutre, il ouvre des brèches, laisse circuler le doute, le débat, et surtout le rire. Rendre le monde un peu moins sérieux, et donc un peu plus vivant. « Une vraie légende sous un coucher de soleil Instagram », lâche-t-il en riant.
Mots : Camille Balland
Photos : Alizée Bauer pour hum média
- Publié le :
- Tags : bande dessinée, engagement, Médias, Radio, Stand-up, humour
Partager :
à lire aussi
Sorry, we couldn't find any posts. Please try a different search.
à lire aussi

Guillaume Néry « Rien ne vaut la transmission directe. »
Champion du monde d'apnée, il quitte les profondeurs pour monter sur scène. Rencontre avec un homme qui a appris à transmettre ce qu'on ne peut pas vraiment dire.

« Eguzkine : « La nature est ma seule source »
La céramiste qui a choisi de mettre ses mains au service d’un hommage à la beauté sauvage de son île Lanzarote.

Agnes Denes, figure de proue de l’art écologique
Connue internationalement pour ses œuvres performances pionnières en Art environnemental, avec un grand E, Agnes Denes, transforme l’Art en une véritable arme sociale et politique. Rice / Tree/ Burial, le premier land art d’une longue série où dans le comté de Sullivan à New York, l’artiste plante des graines de riz dans un champ d’arbres enchainés, puis […]

Cyril Aouizerate : « Mieux vaut s’adapter au monde qui nous attend et passer à l’action avec panache »
Nous sommes à Saint Ouen, le soleil pointe son nez, le maître à penser l’écologie sociale avance en Birkenstock, veste couleur kaki et bonnet. Au calme dans une des chambres du Mob House, à l’abri des regards et des pensées perdues, nous parlons écologie sociale. Le trublion de l’hôtellerie Se lever tôt le matin pour […]