Noël, l’art de la table… Et du lendemain
Le mois de décembre concentre les paradoxes. Si le calendrier de l’Avent incite à la modération, les réveillons de Noël et du Jour de l’An représentent tout l’inverse. Les tablées s’agrandissent, les caddies débordent, la culpabilité s’efface derrière l’argument du plaisir. Si la féerie des fêtes n’influe pas sur tous les individus, elle s’impose partout dans les rues, dans les vitrines.
Selon une étude menée en décembre 2025 par Too Good To Go, un Français sur deux concède acheter en quantité trop importante lors des fêtes. Ils sont près de 63 % à consommer davantage que d’ordinaire.
Un effet presque mécanique comme nourri par les promotions saisonnières et une mise en scène de l’abondance qui relègue la mesure au second plan. Certains vont même jusqu’à se fragiliser financièrement. Cette année, ils seraient près de quatre Français sur dix à contracter des crédits pour faire des cadeaux à leurs proches.
Des tables qui débordent. L’excès est déjà matérialisé. Selon l’association WWF, près de 76 kilotonnes de nourriture sont jetées annuellement durant cette période.
Dépasser la peur du manque
Noël demeure associé à l’image de réunions heureuses autour de grandes tablées. Cette représentation est le nerf de la guerre. Toujours selon l’étude Too Good To Go, un quart des Français reconnaît craquer davantage lors des courses de fête. En même temps, difficile de résister à tant de tapage marketing. Toutes les formules sont usées pour faire monter la pression. Festin, réveillon et même banquet. Tout concourt à faire de ce dîner un moment digne de ce nom, ce qui provoque la crainte de décevoir. Pourtant, rares sont ceux qui sortiront de table avec la réelle sensation d’avoir manqué.
Quelques gestes suffisent déjà à infléchir cette mécanique. Compter les invités, établir une liste de courses en conséquence, ne se laisser qu’une marge plaisir contenue. Interroger également les goûts des convives devient un levier simple. Les habitudes alimentaires évoluent.
Certains produits emblématiques comme le saumon fumé ou le foie gras ne font plus l’unanimité. Les rappels s’enchaînent avec par exemple des contaminations aux métaux lourds et les images du gavage des oies ont fait leur chemin dans certains esprits.
Pour le dressage, le choix de petites assiettes permet également de mieux mesurer les quantités sans pour autant créer une impression de vide. Et enfin, une autre question revient souvent. Que prendre ? Cette dernière, souvent prise à la légère, réduit drastiquement le gaspillage en évitant les doublons.
Choisir les stars de la table
Dans les rayons, les marques auront revêtu leurs plus belles parures. Il convient de rester vigilant à l’origine, aux labels et surtout aux quantités. L’offre est immense et devant ses frigos remplis de promesses festives, il apparaît difficile de s’y retrouver.
Nabil Zemmouri, chef anti-gaspi, recommande de miser plutôt sur des plats qui transmettent de l’émotion plutôt que sur des mets onéreux. Il rappelle que rien n’est obligatoire. Un de ses conseils, est de privilégier la truite à la place du saumon. Elle est française et moins contestée.
Concernant le pain, les farines complètes ou au levain se conserveront plusieurs jours.
Certains acteurs proposent des alternatives avec des sites anti-gaspillage, des circuits courts. Le site Willy anti-gaspi dispose déjà d’une sélection de Noël à prix cassés. Chocolats, Panettone…
De plus, nombreux seront ces produits victimes du marketing saisonnier dans les semaines à venir.
Bradés, ils rejoindront les étalages moins nobles, ceux des aliments à consommer rapidement.
Le lendemain ou l’art de prolonger le repas
Malgré les précautions, certains estomacs auront calé trop vite et il apparaît impossible que toutes les assiettes repartent vides. A l’image du doggy bag, partager les restes avec ses invités s’impose peu à peu comme une pratique décomplexée. Un peu de pain pour demain matin ? Les corbeilles en déborderont. Il sera le plus jeté, à 57 %. Pour limiter les pertes, il vaut mieux compter les toasts et éviter de les couper en avance. Quand il sera plus rassis, il pourra aussi être transformé en pain perdu gourmand ou encore en croûtons pour égayer de doux veloutés. Ces derniers résulteront peut-être des légumes et accompagnements, seconds mal-aimés du réveillon. La congélation s’impose également comme une bonne option.
Quant aux produits les plus nobles, ils seront les moins gaspillés car mieux mesurés compte-tenu de leur prix. Ils seront près de sept Français sur dix à prévoir de finir les restes pour d’autres repas. Nabil Zemmouri, alias Chef N’Zem, observe ses lendemains de fêtes avec un regard presque enfantin.
Reconnu pour sa cuisine anti-gaspillage et à petit prix, il partage des recettes accessibles, loin de toute démonstration. Sa passion lui vient de sa mère, qu’il a beaucoup aidée en tant qu’aîné. « Dans ma famille, on pouvait manger un plat mijoté pendant deux-trois jours. C’était inimaginable de penser à autre chose tant que la marmite était pleine. »
Une pratique héritée plus que revendiquée, qui voit d’un autre oeil cette notion d’abondance. Pour lui, la cuisine des restes devrait être un terrain de jeu et non une contrainte pour les cuisiniers. Il insiste aussi sur un aspect ayant tendance à être oublié, celui du goût. Les aliments déjà cuits et bien conservés, ont macéré, mariné, concentré leurs arômes.
« La cuisine de restes a un goût de réconfort. Celui de l’enfance, quand on prenait plaisir à aller voir ce qui traîne le lendemain…C’est une cuisine rapide, efficace… mais qui a surtout le goût de bonheur. » A ses yeux, cette attention portée aux restes relève autant du bon sens que de l’écologie.
Que l’on soit cuisinier ou non, chacun peut apprendre à faire plus attention à la nature.
Une prise de conscience en cours
« À Noël, la générosité des Français s’exprime traditionnellement par l’abondance sur la table, mais ce désir de bien recevoir ne doit plus rimer avec gaspillage. Aujourd’hui, on observe que le plaisir de la fête compose désormais avec une conscience écologique et l’envie de ne plus jeter. Chez Too Good to Go, notre volonté est d’accompagner cet transition pour faire de Noël un moment convivial, durable et créatif en cuisine. » explique Clémentine Lindon, porte-parole de Too Good to Go France.
S’ils sont encore beaucoup à gaspiller, les Français adoptent de nouvelles pratiques et se veulent plus raisonnable. Outre la réutilisation des restes via des recettes créatives, ils seront 15% à partager cette année avec leurs proches ou une association selon la dernière étude du leader mondial anti-gaspi. Avoir les yeux plus gros que le ventre a un impact environnemental.
Il ne s’agit pas de renoncer à la fête, encore moins à la gourmandise mais plutôt d’en prolonger la joie au-delà du traditionnel repas. Dans les jours qui suivent, les papilles peuvent continuer de frétiller avec un plat réchauffé, réinventé et toujours partagé. Comme une manière plus douce de célébrer, moins spectaculaire peut-être mais plus consciente.
Mots : Camille Balland
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