Tout Day, lieu hybride qui met du cœur dans le réemploi

Un mois après son ouverture, Tout Day, lieu hybride dédié à l’économie circulaire et à l’alimentation durable, rencontre déjà son petit succès.
 
Il est 13 heures. La salle du restaurant est presque pleine avec une trentaine de couverts. Étudiants, jeunes actifs et retraités conversent dans un brouhaha contenu et ce, malgré la proximité du boulevard. Plus qu’une cantine, Tout Day abrite aussi une épicerie et plus inattendu une friperie.
Au centre, un large bar-comptoir en terre crue donne le ton. Les matières brutes dominent et le réemploi s’impose comme une évidence. Plus de 80% du mobilier et de la décoration ont déjà eu une première vie. Même les carreaux du mur et du bar viennent de chez les parents et les grands-parents des fondatrices. Carrément vintage !
 
Morgane Le Hir et Clara Rohmer se connaissent depuis quinze ans et ont fait les « 400 coups » ensemble. De New York à Paris, elles ont partagé les mêmes interrogations sur la consommation et l’éco-responsabilité. Cette prise de conscience s’accélère pendant la  crise sanitaire et leur donne envie de créer ensemble un endroit pensé pour rassembler les besoins du quotidien sans multiplier les déplacements et à prix juste. Cependant, ce rêve prend du temps à se concrétiser. Le projet est d’abord associatif et les deux amies enchaînent les concours, les tables rondes, créent même un festival… Pour finir par une campagne de crowdfunding de six mois, en 2024, où elles obtiennent un peu plus que le montant espéré grâce aux partenariats et aux dons citoyens. 
 
Près de quatre ans plus tard, Tout Day a enfin ses murs au coeur du quartier Sainte Marguerite. Un pari quelque peu risqué dans un arrondissement déjà bien balisé par les cafés bobos, les commerces durables et les bistrots responsables. Néanmoins, l’équipe ne prétend pas réinventer le genre malgré son approche triptyque unique. Aujourd’hui, c’est Clara qui orchestre la salle avec son équipe.
« Ici, on prône la joie, la lumière, la gaieté, le fait de se sentir bien ensemble. On ne sauve pas des vies, on crée du lien. C’est pour cela qu’on a choisi ce soleil multicolore comme logo : pour qu’il rayonne sur le quartier », confie-t-elle.
 
Côté cuisine, l’approche est simple et sincère avec des produits majoritairement français, issus de circuits courts, de saison et respectant une charte éco-responsable affichée en salle (et signée par le personnel). Le végétal y est mis à l’honneur, sans être toutefois exclusif avec des moules à l’ardoise du jour par exemple ou le poulet décliné sous différentes formes le samedi.
 
Aux fourneaux, le chef Eliott Ritaly, dix ans d’expérience au compteur, dit avoir été séduit par les valeurs du lieu : « J’avais besoin d’un cadre bienveillant pour continuer. Cette proposition est arrivée au bon moment… Sinon, j’aurais sûrement arrêter à cause des aléas sombres que peut avoir ce métier… », confie-t-il.
Le bar-comptoir, véritable cœur battant, relie clients et équipe dans une proximité naturelle. « Tous les matins, il y a ce monsieur, Bruno. Il vient seul à l’ouverture, prend son café, son croissant, et papote avec le bar », raconte Clara.
 
Autour de lui, les mamans du matin qui viennent tout juste de déposer les enfants à l’école puis arrivent les actifs du déjeuner, les étudiants de l’après-midi, les apéros du soir… En quelques semaines, Tout Day s’est déjà bâti une petite communauté d’habitués, en attirant les curieux de passage mais aussi par une communication forte. 
C’est le cas de ces deux sexagénaires qui ne viennent pas du tout du quartier, repérées dans la friperie après leur déjeuner. Sylvia a vu la page sur les réseaux sociaux et a proposé naturellement à son amie de toujours Sylvie de tester. « J’aime beaucoup ce style bistrot, spacieux et ouvert. Ça me rappelle le bon vieux temps, avec ce côté chaleureux. Retour en 68… », sourit cette dernière.
 
À partir de 16 euros la formule déjeuner, elles repartent ravies et l’une d’elles, avec un chemisier en soie blanc de seconde main. « Ça plaît toujours aux hommes, non ? » lance-t-elle en riant, provoquant quelques éclats complices autour d’elle. 
En dehors de la mode, la friperie expose aussi des objets pour l’art de la table, des livres d’écologie positive et même des fleurs fraîches. Les prix affichés correspondent à ceux pratiqués pour de la seconde main et sont naturellement un peu moins bon marché pour les pièces d’artisanat. Déjà 14h30, la salle se transforme en café, accueillant télé-travailleurs et flâneurs. Jusqu’à la fermeture, les clients pourront également faire un tour dans l’épicerie attenante. L’espace est restreint proposant surtout des légumes, une belle cave mais aussi quelques essentiels du quotidien. De quoi remplir un panier plutôt qu’un caddie mais toujours avec conscience. 
 
A peine installées, les deux fondatrices ne cachent pas leur volonté d’étendre le concept et explorent déjà de nouveaux lieux. En attendant, Tout Day proposera bientôt des brunchs dominicaux et des ateliers hebdomadaires. Une façon, là encore, d’élargir le cercle sans se départir de sa bonne humeur. 
 
Tout Day
Restaurant, épicerie & boutique seconde main 
📍 213 boulevard Voltaire, 75011 Paris
🕐 Ouvert du lundi au samedi 
Mots : CAMILLE BALLAND
Photos : (c) To Day 

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