Rémi Camus, voyage en eaux troubles

L’aventurier-explorateur navigue entre défis sportifs et sensibilisation sur la préservation de l’eau.

Le rendez-vous est donné devant l’entrée du Jardin des Plantes en ce début d’après-midi nuageux. Au loin, le voici qui arrive, ponctuel, fraichement débarqué à Paris pour la journée. Sac à dos, casqué et perché sur une Gyroroue, il nous salue d’un geste décontracté. Rémi Camus, 38 ans, les bras sculptés et le sourire éclatant, prend la pose parmi les allées verdoyantes du jardin botanique. Passionné de photographie, il s’interroge sur les objectifs utilisés par notre photographe pour cette séance photo improvisée entre deux arbres. 

L’entretien se poursuit dans une brasserie voisine, où les chansons de Bob Dylan en fond sonore donnent des envies d’ailleurs. Son genre musical préféré ? « J’écoute autant de jazz que de rap ou de rock, tant que l’on peut danser. » Le tumulte du boulevard et le bruit des voitures nous rappellent à nos envies d’ailleurs : « La gomme des pneus représente 20 % de la pollution des mers et océans… Une pollution invisible à l’œil nu », s’indigne le Lyonnais d’adoption entre deux gorgées de café crème. Ses paroles s’emballent, rien ne semble pouvoir l’arrêter lorsqu’il évoque son cheval de bataille : la préservation de l’eau. Une cause qu’il a faite sienne et qui reste le but de ses expéditions.

Élevé avec sa sœur dans une maison en bordure de forêt à côté de Bourges, « un lieu-dit de 36 habitants, 9 maisons, au milieu de nulle part », les mercredis après-midi et les vacances scolaires des enfants sont rythmés par des constructions de cabanes et de cache-cache dans les arbres. Ni bon ni mauvais élève, Rémi s’intéresse à la cuisine et obtient un bac en sciences et technologies de l’hôtellerie et de la restauration, inspiré par les plats réconfortants de sa mère et « l’odeur des oignons ciselés au beurre et déglacés au vin blanc ». Il décroche son premier emploi comme cuisinier au Miramar à Biarritz, puis sillonne la France comme saisonnier avant de s’installer à l’étranger. À son retour, il devient maître d’hôtel dans un restaurant étoilé.

À 25 ans, exalté par le livre Au coeur des Amériques de Jamel Balhi, il décide de partir à l’aventure. Il traverse l’Australie du sud au nord en courant, tirant une remorque fabriquée par son père avec tout le nécessaire pour survivre seul et rencontrer les aborigènes des communautés de Kaltukatjara et Mutitjulu. Deux ans plus tard, il se lance dans une expédition à la nage en descendant le Mékong avec un hydrospeed. Il traverse six pays en six mois et des millions de déchets : « Une pollution très impressionnante qui se termine en Mer de Chine. » Il ne blâme pas ces populations qui, faute de moyens, polluent leur environnement immédiat « Ils cherchent d’abord de quoi se nourrir, l’écologie n’est pas vraiment leur priorité. » En 2018, lorsqu’il fait le tour de France à la nage, il découvre avec stupeur que le littoral français est tout aussi pollué de déchets. Ce constat le pousse, en 2023, à réaliser un défi sportif pour alerter sur cette pollution des mers et océans. Il traverse la Méditerranée à la nage, de Calvi à Monaco en 14 jours. Le voilier d’assistance qui l’accompagne est équipé de boudins de cheveux  — fabriqués par la start-up Capillum — permettant d’analyser l’eau. Les résultats sont inquiétants : des polluants éternels (PFAS) sont présents dans la mer.

« L’humain a besoin d’avoir le nez dans la merde pour changer. Se prendre le mur en pleine tronche pour comprendre qu’à un moment donné il faut arrêter. » enrage Rémi. Ce qui le frustre le plus, c’est le nombre de déchets non valorisés : « J’ai une machine chez moi qui transforme le plastique en carburant, ça marche très bien. Il y a de vraies solutions, mais elles ne sont pas suffisamment développées à cause des impacts économiques. ». Père d’une petite fille et membre de la Société des Explorateurs Français, il garde espoir pour l’avenir grâce à la sensibilisation des jeunes, un engagement qu’il poursuit dans les écoles avec son association The Next Exploration. Il se sert de ses défis sportifs pour motiver les nouvelles générations : « Quand on a de vrais projets et des ambitions, on peut trouver les moyens de les réaliser. » Lui aussi a de nouveaux projets : il se prépare, tel saint Georges qui terrasse le dragon, à descendre un fleuve français en canoë pendant une vingtaine de jours, pour transmettre encore et toujours des messages sur les enjeux environnementaux.

Avant de quitter Rémi, on ose lui demander, sans vraiment savoir si la curiosité est un vilain défaut que représente l’immense tatouage qui recouvre tout son bras. « C’est un tatouage marquisien de toutes mes aventures », répond-il, avant d’ajouter avec un grand sourire : « Je voulais un tatouage, et quand je fais les choses, je ne les fais pas à moitié. » Ça, on en était déjà persuadés.

RÉMI CAMUS

Aventurier-explorateur 

• Livre : Aventurier de la vie aux éditions Robert Laffont

• Documentaire : Une aventure humaine à la nage Calvi- Monaco

Projection à Paris,  le 5 juin au CGR de Nanterre et le 7 juin au CGR de Torcy, à 19h45

Mots : Jessica Bros
Photographies : Alizée Bauer & William Gicquel

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Rémi Camus au jardin des Plantes à Paris (© Alizée Bauer pour Hum)

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